Olympique Lyonnais : Mammana, un pari manqué ?

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Emanuel Mammana face à l’OGC Nice pour le compte de la 9ème journée de Ligue 1 2016-2017

S’il ne manquera pas autant que Corentin Tolisso ou Alexandre Lacazette, le départ d’Emanuel Mammana est pourtant celui qui a fait le plus jazzer auprès des supporters lyonnais. Mauvaise gestion du club et de Bruno Genesio ? Ou excellente affaire comme semble l’affirmer Jean-Michel Aulas ?

Dans le football, tout le monde ne pense pas de la même manière. Il y a les romantiques, les amoureux du beau jeu qui privilégient le spectacle au résultat. Il y a les pragmatiques, comme José Mourinho qui affirmait, après avoir mené Manchester United à un sacre en Europa League en mai dernier, qu’ « il y a beaucoup de poètes dans le football, mais les poètes ne gagnent pas de titres. » Parmi les romantiques, certains baignent dans le football moderne et d’autres vomissent en voyant les sommes d’argent astronomiques circuler comme des trains dans une gare principale d’une grande capitale. Chaque dirigeant, chaque entraîneur, chaque joueur a son profil bien à lui, avec ses valeurs et ses contradictions. Dans cette équipe de l’Olympique Lyonnais, Emanuel Mammana débarquait à l’été 2016 avec des caractéristiques différentes des joueurs déjà présents à son poste. Le risque fait partie intégrante de son jeu, que ce soit dans ses relances ou ses interceptions anticipées. Un défenseur moderne, qui ne se contente pas d’annihiler les attaques adverses et chatouiller les chevilles de l’avant-centre. Considéré comme l’un des plus grands espoirs du football argentin (16 sélections avec les moins de 17 ans, 10 avec les moins de 20 ans et 3 matches avec les A), Mammana ne s’est pourtant pas imposé à l’OL. Pas assez pour refuser une offre de 16M€, soit plus du double du montant auquel Lyon l’avait acheté (7,5M€). Réussite ou échec pour le club de Jean-Michel Aulas ?

Une adaptation compliquée

10 958 kilomètres. La distance entre les villes de Buenos Aires et Lyon. A seulement 20 ans, Emanuel Hernán Mammana fait le choix de quitter ses terres, ses amis, sa nation, sa culture, sa cuisine, pour s’installer à Lyon avec sa femme. Il ne quitte pas ses parents puisque ce sont eux qui l’ont quitté bien plus tôt. Il perd sa mère à l’âge de 6 ans seulement et se retrouve seul à l’âge de 15 ans après la mort de son père. Malgré une enfance difficile, Mammana grimpe les échelons et se présente comme un excellent défenseur, intégrant l’équipe première de River à tout juste 18 ans. S’il n’y jouera qu’une trentaine de match en deux ans et demi, il n’en est pas moins un des plus grands espoirs du football argentin. Mais le grand saut qu’il effectue en partant pour l’Europe est difficile à vivre pour lui. L’éloignement de l’Argentine lui fait du mal. Son agent s’installe même chez lui quelque temps pour lui apporter son soutien.

Sans compatriote dans le vestiaire lyonnais, Mammana doit trouver sa place en dehors et sur le terrain, mais il ne recevra jamais de soutien ni de signe de confiance de la part de son entraîneur ou de son président. Mapou Yanga-Mbiwa et Nicolas Nkoulou, arrivé lui aussi à l’été 2016, s’imposent comme les titulaires en début de saison. Mammana fait ses débuts en Ligue 1 lors de la 6ème journée, contre Montpellier (victoire 5-1). Mais les blessures tronquent sa saison et lui font rater 15 matches au total. Son absence en novembre et décembre permettent l’éclosion de Mouctar Diakhaby, jeune joueur formé au club qui dispute l’intégralité des demi-finales de Ligue Europa contre l’Ajax Amsterdam, quand Mammana y assiste derrière sa télé par… choix du coach. Arrivé avec la tremblote, l’international argentin n’a vu aucun membre de l’OL le tenir par les épaules pour le stabiliser et l’encrer dans le projet sportif.

Une erreur de casting

Déceptions, fuite des tribunes, embrouilles et insultes échangées avec leur président via les réseaux sociaux. Les supporters lyonnais sont fatigués de voir l’état de leur équipe et leur club, et le responsable est tout trouvé : Bruno Genesio. Les reproches qui lui sont faites sont nombreuses, comme son inexpérience en tant qu’entraîneur hormis des échecs à Besançon et Villefranche, son arrogance en se plaignant de ne pas être traité comme un coach reconnu ou ses déclarations parfois vides de sens (oui, c’est plus facile de gagner un match quand on encaisse zéro but que deux ou trois). Mais par-dessus tout, les fans de l’OL s’ennuient devant les matches. Ils réclament la vision de jeu et les passes adroites de Sergi Darder, à qui Genesio a préféré Gonalons, Tousart, voir Jordan Ferri. Ils sont lassés de voir Diakaby s’agiter ballon au pied comme si ce dernier essayait de lui voler son portefeuille alors que Mammana se rapproche d’Olive et Tom ; le ballon est son ami. Chacun se fera son avis sur le niveau tactique que Bruno Genesio insuffle à son équipe, mais il semble clair que l’OL 2016-2017 reposait essentiellement sur les individualités des stars. Après tout, c’est une façon de concevoir le football. Lacazette et Fekir combinent ou bien dribblent 2-3 joueurs tandis que les autres se chargent de mettre des barbelés autour d’eux afin de laisser le champ libre aux artistes que sont les deux hommes cités plus haut.

Mais dans ce cas, pourquoi avoir recruté Mammana ? La réponse est simple : parce que la communication entre la cellule de recrutement et le staff technique n’existe pas. Florian Maurice, responsable de cette première, fait indéniablement du bon boulot en allant chercher de bons joueurs à des prix très intéressants. Seul l’avenir nous dira s’il a récidivé en amenant Marçal, Mariano Diaz, Tete ou encore Traoré cet été, mais il est clair que Darder et Mammana sont de très bonnes recrues, surtout le dernier qui faisait partie des tous meilleurs espoirs de l’Albiceleste. Oui mais voilà, Genesio n’en veut pas. Ils ne lui correspondent pas. L’entraîneur rhodanien a stipulé qu’il ne pouvait être aligné dans l’axe gauche de la défense centrale, bien que le joueur ait régulièrement évolué à cette place avec River. C’est en cela que l’Argentin représente un pari manqué. Alors qu’il aurait pu s’imposer à l’OL et devenir un défenseur à la réputation continentale, il est contraint de quitter le club par la petite porte, avec certes un joli chèque à la clé. Mais si le club avait cru en lui, il y a fort à parier que Mammana aurait pu quitter le club plus tard, et avec une valeur marchande bien supérieure à 16M€.

On ne peut prédire l’avenir. Qui sait ? Peut-être qu’Emanuel Mammana échouera au Zénith Saint-Pétersbourg, rentrera en Argentine et n’évoluera jamais au plus haut niveau, permettant à Jean-Michel Aulas de se glousser devant ceux qui s’insurgeaient de le voir quitter l’OL aussi rapidement. Mais peut-être que non. L’Olympique Lyonnais pourra toujours se considérer comme gagnant dans l’histoire tant que Mammana n’aura pas réussi à s’imposer dans un bon club européen et tant que la défense lyonnaise n’aura pas pris l’eau au point de plomber la saison des Gones. Pari manqué ? Un peu, pour l’instant. Complètement, prochainement ?

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